Éducation financière : les trois questions qui mesurent votre niveau
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Trois questions suffisent à mesurer l'essentiel : une sur les intérêts composés, une sur l'inflation, une sur la diversification. Conçues par les économistes Annamaria Lusardi et Olivia Mitchell, elles servent de référence depuis une vingtaine d'années. Environ un tiers seulement des adultes interrogés répondent juste aux trois, en France comme aux États-Unis. Les voici.
Ces questions ne mesurent pas l'intelligence, mais la familiarité avec quelques notions que presque personne n'enseigne. C'est aussi le parti pris de notre résumé d'Augmentez votre intelligence financière (Robert Kiyosaki) : nommer les compétences financières avant de chercher à les développer. Prenez le temps de répondre aux trois questions ci-dessous avant de lire les réponses.

Quelles sont les trois questions de Lusardi et Mitchell ?
Elles portent sur les intérêts composés, l'inflation et la diversification du risque. Les deux économistes les ont posées en 2004 à un échantillon représentatif d'Américains de cinquante ans et plus, et elles ont depuis été reprises dans des enquêtes nationales de plusieurs autres pays. En voici une traduction adaptée à l'euro, à faire sans calculatrice et sans chercher : c'est la réponse spontanée qui compte.
Supposons que vous ayez 100 euros sur un compte d'épargne rémunéré à 2 % par an. Au bout de cinq ans, sans rien retirer, disposerez-vous de plus de 102 euros, d'exactement 102 euros, ou de moins de 102 euros ?
Imaginons que votre compte d'épargne rapporte 1 % par an et que l'inflation soit de 2 % par an. Au bout d'un an, pourrez-vous acheter avec cet argent plus, autant, ou moins qu'aujourd'hui ?
Vrai ou faux : acheter l'action d'une seule entreprise procure généralement un rendement plus sûr qu'acheter des parts d'un fonds investi en actions.
Quelles sont les bonnes réponses ?
Plus de 102 euros, moins qu'aujourd'hui, et faux. La première se déduit sans calcul : dès la première année, les intérêts portent le compte à 102 euros, et les années suivantes ajoutent des intérêts sur les intérêts. La deuxième tient à un écart : un argent qui rapporte moins que la hausse des prix perd du pouvoir d'achat, même si son montant augmente. La troisième repose sur la diversification : un fonds répartit le risque entre de nombreuses entreprises, quand une action unique en dépend entièrement.
Chacune de ces réponses correspond à une notion que l'on retrouve dans toute décision d'épargne. Les intérêts composés expliquent pourquoi le temps compte davantage que le montant, sujet de Les intérêts composés : pourquoi commencer tôt compte plus que placer beaucoup. La diversification, et ce qu'elle ne protège pas, est traitée dans Diversifier ne suffit pas : comment répartir vraiment ses risques ?.
Deux précisions évitent de mal lire ces réponses. Le calcul exact de la première donne 110,41 euros au bout de cinq ans, contre 110 euros si l'on se contentait d'ajouter 2 euros par an : l'écart paraît minime sur cinq ans, mais il se creuse avec la durée. La troisième ne dit pas qu'un fonds ne peut pas baisser : il réduit le risque propre à chaque entreprise, pas celui de l'ensemble du marché.
Combien de personnes répondent juste aux trois questions ?
Environ une sur trois. En France, l'étude publiée en 2013 par les économistes Arrondel, Debbich et Savignac, à partir d'une enquête menée en 2011, trouve 31 % de bonnes réponses aux trois questions sur l'ensemble de l'échantillon, et 34 % chez les 25-65 ans. Aux États-Unis, dans l'enquête de 2004 analysée par Lusardi et Mitchell, la proportion était de 34,3 %. Autrement dit, environ deux personnes sur trois se trompent ou hésitent sur au moins une notion de base.
Le détail est plus instructif que le total. En France, la question la moins bien réussie est celle des intérêts composés, avec 48 % de bonnes réponses, contre 61 % pour l'inflation et 67 % pour la diversification. C'est pourtant la notion la plus utile à long terme, et sans doute la moins intuitive, parce que l'on raisonne plus volontiers en additions qu'en multiplications.
Où se situe la France parmi les autres pays ?
Dans la moyenne, sans plus. L'enquête internationale de l'OCDE sur la culture financière des adultes, menée en 2023 dans 39 pays et économies, attribue à la France un score de 12,45 sur 20, en légère progression par rapport à 2021, où il s'établissait à 12,17. L'enquête française a été conduite par la Banque de France selon la méthode commune de l'OCDE. Ce score repose sur un questionnaire plus large que les trois questions, et ne se compare donc pas directement aux pourcentages qui précèdent.
Les pouvoirs publics en ont tiré une conséquence. Depuis 2016, la Banque de France pilote la stratégie nationale d'éducation économique, budgétaire et financière, dite EDUCFI. Son « passeport », expérimenté au collège depuis 2019, est généralisé à tous les élèves de quatrième à partir de la rentrée 2026.
Pourquoi ces trois notions comptent-elles autant ?
Parce qu'elles gouvernent trois des erreurs les plus coûteuses d'un épargnant. Ignorer les intérêts composés conduit à commencer trop tard ; ignorer l'inflation, à laisser dormir une épargne qui s'érode ; ignorer la diversification, à tout miser sur une seule valeur. Aucune de ces erreurs n'est spectaculaire le jour où on la commet. Toutes se paient des années plus tard, quand il n'est plus possible de les corriger à moindre coût.
Les travaux de Lusardi et Mitchell observent d'ailleurs que les personnes les plus à l'aise avec ces notions sont aussi plus nombreuses à préparer leur retraite, et que celles qui la préparent accumulent davantage de patrimoine. Ce lien ne prouve pas à lui seul que la connaissance produit l'épargne. Il indique au moins que les deux vont ensemble, et qu'il est rarement trop tôt pour s'y mettre.
Comment progresser si vous avez hésité ?
Par les notions, dans l'ordre des questions, puis par un livre lu en entier. Commencez par les intérêts composés, la notion la moins bien comprise ; poursuivez par l'inflation et le rendement réel ; terminez par la répartition des risques. Chaque notion se comprend en une soirée, mais ne devient un réflexe qu'une fois appliquée à une décision réelle : relire un relevé d'épargne, comparer deux placements, vérifier les frais d'un contrat. Pour retenir ce que vous lisez, mieux vaut d'ailleurs se tester que relire, quel que soit le format : nous l'expliquons dans Papier ou écran : quel format vous fait vraiment retenir vos lectures ?.
Un exercice simple consiste à refaire la deuxième question avec vos propres chiffres : le taux de votre compte d'épargne, et l'inflation de l'année écoulée. Si le premier est inférieur à la seconde, votre épargne a perdu du pouvoir d'achat, même si son solde a augmenté. Ce calcul, qui prend deux minutes, fait mieux comprendre la notion qu'une définition.
Pour le fond, Qu'est-ce que l'intelligence financière, et comment la développer ? distingue ce que l'on sait de ce que l'on en fait, et Éducation financière : quelles ressources pour se former ? compare les formats, du livre à la formation. Pour la gestion quotidienne, Gérer son argent : dans quel ordre faire les choses ? propose une séquence en cinq étapes. Et si vous envisagez un premier placement, Débuter en investissement : le test pour savoir si vous investissez ou spéculez applique un test du même esprit à vos décisions.
Quel livre ouvrir en premier ?
Un ouvrage qui nomme les compétences avant de les enseigner. Augmentez votre intelligence financière de Robert Kiyosaki découpe la compétence financière en cinq domaines : gagner davantage, protéger son argent, établir un budget, faire jouer l'effet de levier et améliorer son information financière. Augmentez votre intelligence financière de Robert Kiyosaki : ce que contient le livre en détaille le contenu. Pour situer ce titre parmi les six que nous résumons, notre ordre de lecture complet figure dans Par quel livre de finance commencer ? Nos 6 incontournables à lire.
Que faut-il retenir ?
Que trois questions suffisent à révéler l'essentiel de ce qui manque à la plupart des épargnants. Les intérêts composés, l'inflation et la diversification ne demandent aucun bagage technique, mais ils commandent des décisions qui courent sur des décennies. Si vous avez répondu juste aux trois, vous faites partie d'une minorité ; sinon, vous savez désormais par où commencer.
Article mis à jour le 26 septembre 2026.



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