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L'homme le plus riche de Babylone de George S. Clason : faut-il le lire ?

il y a 7 heures
5 min de lecture

Oui, si vous cherchez une première règle d'épargne, racontée comme une fable et facile à retenir. Non, si vous attendez une méthode de placement adaptée à aujourd'hui. Né de brochures des années 1920, le livre de George S. Clason repose sur une idée qui n'a pas vieilli ; une partie de ses conseils, en revanche, porte la marque de son époque.

Il ne figure pas à notre catalogue : nous n'en proposons pas de synthèse. Si vous cherchez un autre grand classique sur la richesse, plus tourné vers l'état d'esprit que vers l'épargne, notre résumé de Réfléchissez et devenez riche (Napoleon Hill) en restitue les principes. Cet article dit ce que vaut aujourd'hui le livre de Clason, ce que nous y contestons, et à qui il peut rendre service.

De quoi parle L'homme le plus riche de Babylone ?

D'argent, à travers une série de paraboles situées dans la Babylone antique. Au centre, Arkad, présenté comme l'homme le plus riche de la ville, explique comment il a bâti sa fortune. Ces récits illustrent quelques règles simples de gestion de l'argent : épargner, dépenser moins que l'on ne gagne, faire travailler ce que l'on a mis de côté, ne pas le perdre.

Le livre, paru en anglais sous le titre The Richest Man in Babylon, est né de brochures que des banques et des compagnies d'assurance diffusaient dans les années 1920. Les sources ne s'accordent pas sur la date exacte à laquelle ces textes ont été réunis en volume, entre 1926 et 1930. Plusieurs éditeurs français le publient aujourd'hui sous le titre L'homme le plus riche de Babylone, et Babylone n'y est qu'un décor : ce sont des paraboles, pas un livre d'histoire.

Stylo traçant une courbe dans un carnet ouvert, rempli de graphiques et de chiffres
La règle d'Arkad tient en un geste : mettre de côté avant de dépenser.

Quelle idée tient encore, près d'un siècle plus tard ?

Celle qu'Arkad place au cœur de sa méthode : une part de ce que vous gagnez vous appartient, et elle ne doit pas être inférieure au dixième. Autrement dit, selon notre lecture, c'est se payer soi-même avant de payer les autres. Ce n'est pas le pourcentage qui fait la force de cette règle, c'est l'ordre : la part mise de côté est prélevée avant toute dépense, au lieu d'attendre ce qui restera en fin de mois.

La recherche sur l'épargne automatique va dans le même sens. L'étude Save More Tomorrow, que nous présentons dans Gérer son argent : dans quel ordre faire les choses ?, montre ce que peut changer un effort d'épargne décidé à l'avance. La règle d'Arkad a une autre vertu : elle vaut aussi pour de petits revenus. Sur le long terme, la durée pèse en effet plus lourd que la somme versée, comme le montre Les intérêts composés : pourquoi commencer tôt compte plus que placer beaucoup.

Que valent les sept remèdes contre une bourse plate ?

Le cœur pratique du livre tient en sept « remèdes contre une bourse plate » et en cinq « lois de l'or ». Nous n'en dresserons pas la liste : c'est la matière même du livre, et elle se lit mieux dans les paraboles qui la portent. Notre verdict d'ensemble est net : l'essentiel a traversé près d'un siècle sans dommage, qu'il s'agisse d'épargner d'abord, de maîtriser ses dépenses ou de protéger son capital. Un seul remède appelle une vraie réserve, le cinquième, qui fait du logement un placement rentable ; nous y revenons plus bas.

Deux des lois de l'or méritent d'être citées, parce qu'elles sont les plus précieuses pour un lecteur d'aujourd'hui. Selon la quatrième, l'or glisse des mains de celui qui le place dans des affaires que lui-même ne connaît pas ; selon la cinquième, il fuit celui qui en attend des gains impossibles ou suit les promesses des beaux parleurs. Elles tracent, à leur manière, la frontière entre investir et spéculer que Benjamin Graham formulera plus tard dans L'investisseur intelligent, et que nous avons transformée en test pratique dans Débuter en investissement : le test pour savoir si vous investissez ou spéculez.

Où nous séparons-nous de Clason ?

Sur deux points, et d'abord sur ce cinquième remède. Nous voyons le logement autrement : une résidence principale vous loge, elle ne vous verse rien, et elle peut concentrer une grande part d'un patrimoine sur un seul bien. Devenir propriétaire peut être une excellente décision de vie ; ce n'est pas pour autant un placement au même titre qu'un bien qui rapporte, distinction que nous détaillons dans Actif ou passif ? La distinction qui change tout en intelligence financière. Le calcul dépend de la somme à engager, du taux du crédit et du temps que vous comptez y rester : c'est une décision à chiffrer, pas un principe à appliquer. Il s'agit d'une information générale, pas d'un conseil personnalisé.

Le second point tient aux conseillers. La troisième loi recommande d'investir sur les conseils de gens compétents, ce qui reste juste, mais elle ne dit rien de ce que coûte ce conseil, ni des intérêts de celui qui le donne. Bien plus tard, Tony Robbins met justement ses lecteurs en garde contre les frais ; notre résumé de L'argent : l'art de le maîtriser (Tony Robbins) restitue sa méthode. À nos yeux, la question la plus utile à poser à un conseiller est simple : « Combien me coûtez-vous, et qui vous rémunère ? »

À qui ce livre peut-il servir ?

À quelqu'un qui n'a jamais mis d'argent de côté de façon régulière, et qui retient mieux une histoire qu'une règle. Le livre ne demande aucune connaissance préalable, et sa règle centrale peut s'appliquer dès le mois suivant. Sa forme de fable a d'ailleurs un avantage : une règle que l'on peut raconter en une phrase se retient et se transmet plus facilement. Il servira moins à un lecteur qui épargne déjà et cherche une méthode d'investissement : il n'y trouvera ni les supports d'aujourd'hui, ni la fiscalité, ni la lecture des comptes d'une entreprise.

Un test simple permet de trancher avant de l'ouvrir. Reprenez votre dernier relevé de compte et cherchez un virement vers votre épargne effectué dans les premiers jours du mois, avant les dépenses courantes. S'il n'existe pas, la règle d'Arkad vous concerne directement, et ce livre peut être le déclic ; s'il existe déjà, vous appliquez l'essentiel du livre sans l'avoir lu.

Ce rôle de déclic, un autre livre hors catalogue le joue chez Robert Kiyosaki : nous expliquons pourquoi il faut le lire en entier dans Père riche, père pauvre de Robert Kiyosaki : faut-il le lire ?. Les deux ouvrages ont un point commun : ils agissent par le récit plus que par la démonstration. C'est aussi pour cela qu'ils se lisent avant les livres de méthode, et non à leur place.

Que lire ensuite dans notre catalogue ?

Cela dépend de ce qui vous manque une fois la règle d'Arkad adoptée. Si vous voulez apprendre à distinguer ce qui vous enrichit de ce qui vous coûte, notre résumé d'Augmentez votre intelligence financière (Robert Kiyosaki) en donne le vocabulaire. Si vous voulez organiser un patrimoine entier, frais compris, le résumé de Tony Robbins cité plus haut prend le relais. Pour situer ces titres parmi les six que nous résumons, notre ordre de lecture complet figure dans Par quel livre de finance commencer ? Nos 6 incontournables à lire.

Que faut-il retenir ?

Que L'homme le plus riche de Babylone vaut surtout par une règle : garder pour soi une part de ce que l'on gagne, et la prélever avant de dépenser. Le reste se lit avec le recul de près d'un siècle, en particulier ce qu'il dit du logement et des conseillers. Si vous n'épargnez pas encore, sa lecture peut être le déclic ; si vous le faites déjà, vous en appliquez l'essentiel.

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