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Entrepreneur : faut-il tout réinvestir dans son entreprise ?

17 août 2023
5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 16 heures

Non, pas au-delà du moment où votre entreprise tourne sans apport. Tant qu'elle se construit, elle reste souvent le meilleur emploi de chaque euro disponible ; une fois qu'elle dégage un excédent, tout y laisser revient à concentrer votre revenu, votre patrimoine et votre retraite sur un seul risque. La règle utile : sortir une part régulière, et la placer ailleurs.

Notre résumé de Guide pour investir (Robert Kiyosaki) suit le chemin que l'auteur trace de l'entreprise vers l'investissement : c'est le livre de notre catalogue qui parle le plus directement aux dirigeants. Cet article traite une question pratique que se posent la plupart d'entre eux : jusqu'où réinvestir, et quand commencer à sortir de l'argent pour le placer ailleurs. Il s'agit d'une information générale, pas d'un conseil personnalisé ; pour le statut, la fiscalité ou la rémunération, un expert-comptable reste l'interlocuteur indiqué.


Investissement pour entrepreneurs

Faut-il réinvestir tous ses bénéfices dans son entreprise ?

Pas indéfiniment. Tant que l'activité n'est pas stabilisée, chaque euro supplémentaire y trouve souvent son meilleur emploi, parce que vous y gardez la main sur le résultat. Une fois qu'elle fonctionne sans apport, tout y réinjecter concentre au même endroit votre revenu, votre patrimoine et, bien souvent, votre retraite. Le critère n'est donc pas l'ambition, mais le stade de l'entreprise.

À nos yeux, le piège tient à la comparaison elle-même. Ce que rapporterait un euro réinvesti s'estime au jugé, et l'on connaît mieux le potentiel de sa propre entreprise que ses risques : l'estimation penche donc naturellement en sa faveur. Ce biais n'est pas une faute, c'est la conséquence normale de l'énergie que l'on y met. Il justifie simplement une règle écrite, décidée à froid, plutôt qu'un arbitrage refait chaque année.


Pourquoi réinvestir n'est-il pas diversifier ?

Parce que la diversification se mesure en risques, pas en montants. Un dirigeant dont l'épargne, le salaire, les locaux et parfois la caution personnelle reposent sur la même activité ne détient en réalité qu'un seul actif, décliné sous plusieurs formes. Si le secteur se retourne, tout se retourne ensemble. Ajouter de l'argent à cet actif augmente la mise sans répartir le risque.

C'est la limite que nous rappelons aussi dans Diversifier ne suffit pas : comment répartir vraiment ses risques ? : répartir entre des supports qui dépendent des mêmes événements ne protège de rien. Pour un chef d'entreprise, le premier de ces événements est la santé de son propre secteur. Investir dans ce secteur, que l'on connaît mieux que les autres, donne l'impression de diversifier ; c'est souvent l'inverse.


Comment savoir si votre patrimoine est trop concentré ?

En répondant par écrit, une fois par an, à trois questions. Quelle part de votre patrimoine total représente la valeur estimée de votre entreprise ? Combien de mois tiendriez-vous si l'activité s'arrêtait demain, sans rien lui demander ? Qu'est-ce qui ferait baisser en même temps votre chiffre d'affaires et vos placements ?

La troisième question est la plus révélatrice. Si la réponse vient vite, votre répartition est plus fragile qu'elle n'en a l'air, même si vos placements portent des noms différents. La deuxième fixe un minimum : tant que vous ne pouvez pas tenir plusieurs mois sans l'entreprise, la priorité n'est pas de placer, mais de constituer une réserve personnelle séparée.

L'exercice est inconfortable, parce qu'il oblige à mettre un chiffre sur ce que vous préférez voir comme un projet plutôt que comme un actif. C'est précisément pour cela qu'il est utile. Ce que vous ne chiffrez pas, vous ne le rééquilibrez jamais.


Combien sortir de son entreprise, et à quel rythme ?

Il n'existe pas de pourcentage universel, et mieux vaut se méfier de ceux qu'on avance. Le repère praticable est une régularité plutôt qu'un montant : sortir une part fixe et modeste à chaque exercice bénéficiaire vaut mieux qu'attendre l'année exceptionnelle qui permettrait enfin de mettre de côté. Ce qui n'est pas extrait au moment du résultat a de bonnes chances d'être réinvesti l'année suivante, par habitude plus que par calcul.

La forme de cette sortie, rémunération ou dividendes, et son coût fiscal dépendent de votre statut : c'est une question de professionnel, pas de lecture. Ce qui vous appartient, c'est la décision de principe. Une part décidée d'avance, prélevée chaque année et placée hors de l'entreprise, suffit à inverser la pente.


Où placer l'argent sorti de l'entreprise ?

En priorité dans une réserve personnelle, puis dans des placements qui ne dépendent pas de votre activité. La réserve, distincte de la trésorerie de l'entreprise, doit couvrir plusieurs mois de dépenses du foyer : c'est elle qui vous évitera de ponctionner l'entreprise, ou vos placements, au mauvais moment. Viennent après elle des supports de long terme largement diversifiés, dont les frais méritent d'être regardés de près. L'immobilier locatif peut compléter l'ensemble, mais il repose sur un emprunt dont les échéances restent fixes quand vos revenus ne le sont pas.

Cet ordre vaut pour un dirigeant comme pour un salarié, et nous l'avons détaillé dans Gérer son argent : dans quel ordre faire les choses ?. La seule différence tient à l'ampleur de la réserve. Des revenus irréguliers en demandent une plus large.


Que dit Robert Kiyosaki du passage de l'entreprise à l'investissement ?

Kiyosaki en fait un chemin. Dans Guide pour investir, l'entreprise n'est pas une fin, mais l'étape qui mène à l'investissement : celui qui a appris à bâtir une activité, selon lui, juge mieux celles des autres. Son triangle B-I décompose une entreprise en huit éléments, de la mission jusqu'au produit.

Nous le suivons pour la lecture des comptes, beaucoup moins pour le sentiment de contrôle que donne la direction d'une entreprise, et qui ne survit pas au passage à la bourse. Le triangle, lui, sert aussi bien à examiner votre propre activité qu'une affaire qui sollicite votre argent. Guide pour investir de Robert Kiyosaki : faut-il le lire ? détaille ce que le livre apporte à un dirigeant, avec une grille en huit questions tirée du triangle.


Quelles erreurs coûtent le plus cher aux dirigeants ?

Cinq reviennent souvent, et aucune n'est technique. Toutes tiennent à la place que l'entreprise prend dans l'attention de celui qui la dirige.

  • Confondre trésorerie d'entreprise et épargne personnelle, jusqu'au jour où l'une manque à l'autre.

  • Repousser toute constitution de patrimoine à la revente de l'entreprise, dont ni la date ni le prix ne sont connus.

  • Investir dans son propre secteur en croyant diversifier.

  • Placer sur des supports peu liquides une somme qui devra peut-être secourir l'activité.

  • Oublier que l'entreprise repose souvent sur une seule personne, et négliger de se protéger soi-même.

Aucune de ces erreurs ne se corrige dans l'urgence : il faut du temps calme pour déplacer un capital, et c'est justement ce qui manque en cas de difficulté. Une date fixe dans l'année, consacrée à ces questions, aide à les traiter avant qu'elles ne deviennent pressantes. Le test en trois questions décrit plus haut peut en être le point de départ.


Quel livre lire pour aller plus loin ?

Deux livres, selon votre question. Pour relier l'entreprise et l'investissement, Guide pour investir de Kiyosaki reste le plus direct. Pour organiser un patrimoine dans son ensemble, frais et répartition compris, notre résumé de L'argent : l'art de le maîtriser (Tony Robbins) sera plus utile. Et si vous vous demandez ce que votre métier de dirigeant vous apprend, ou non, sur l'investissement, Entreprendre et investir : ce que Benjamin Graham demande aux chefs d'entreprise prolonge la question.

Pour situer ces titres parmi les six que nous résumons, notre ordre de lecture complet figure dans Par quel livre de finance commencer ? Nos 6 incontournables à lire. Tous nos résumés de livres de finance sont réunis sur une seule page.


Que faut-il retenir ?

Qu'une entreprise mérite tout votre argent tant qu'elle se construit, mais qu'elle ne le mérite plus au-delà. Ensuite, l'énergie qui l'a fait grandir devient un risque, parce qu'elle concentre tout au même endroit. Un test annuel en trois questions, une part sortie chaque année et une réserve séparée suffisent à rééquilibrer ce qui s'est déséquilibré sans bruit.

Article mis à jour le 26 septembre 2026.

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