Krach boursier : que faire de vos placements quand tout baisse ?
Dernière mise à jour : il y a 17 heures
Ne rien vendre dans l'urgence, vérifier que votre réserve couvre vos dépenses, puis appliquer la règle de répartition fixée avant la baisse. Un krach se traverse avec des décisions prises à froid : après celui de 2008, les grands indices ont retrouvé leurs sommets, mais au bout de délais très différents selon ce que l'on détenait.
C'est l'idée que Benjamin Graham place au cœur de L'investisseur intelligent, dont notre résumé de L'investisseur intelligent (Benjamin Graham) restitue la méthode : le prix du jour ne vous oblige à rien. Cet article la confronte aux chiffres du dernier grand krach, puis à ce que propose Tony Robbins pour le traverser. Il s'agit d'une information générale, pas d'un conseil personnalisé : votre situation, vos revenus et votre horizon restent seuls juges.

Combien de temps un krach peut-il durer ?
Il n'existe pas de durée type : elle varie selon la crise, et selon ce que l'on détient. Lors de celle de 2008, l'indice américain S&P 500 est passé de 1 565 points à la clôture du 9 octobre 2007 à 677 points le 9 mars 2009, soit une baisse de près de 57 %, et n'a retrouvé ce sommet, en clôture, que le 28 mars 2013, cinq ans et demi après l'avoir atteint. Le CAC 40, qui avait atteint 6 168 points le 1er juin 2007, son plus haut d'avant la crise, n'est repassé au-dessus de ce niveau qu'en avril 2021 : près de quatorze ans. L'écart entre les deux montre qu'aucune durée ne se transpose d'un marché à l'autre.
Ces durées portent sur les indices eux-mêmes, et elles ne disent pas ce qu'a vécu chaque épargnant. Celui qui a continué d'investir chaque mois pendant la baisse a acheté à des prix de plus en plus bas, ce qui a abaissé son prix de revient moyen et rapproché son retour à l'équilibre. Celui qui avait tout investi au sommet, puis vendu au creux, a rendu sa perte définitive. Entre ces deux extrêmes, c'est le comportement, bien plus que l'indice, qui a fait la différence.
Pourquoi les dividendes changent-ils la réponse ?
Parce que ces deux indices, le S&P 500 comme le CAC 40, ne mesurent que l'évolution des cours : les dividendes versés par les entreprises n'y sont pas réintégrés. Le porteur d'actions, lui, les encaisse ou les réinvestit chaque année, même réduits, y compris pendant les années de baisse. Pour lui, le rattrapage a donc été plus court que ne le suggèrent ces chiffres. Ceux-ci décrivent le point de vue le plus sévère, pas forcément le vôtre.
Retenez donc deux choses de 2008. La première est que la durée d'une baisse dépend de ce que l'on détient : calculés de la même façon, sans les dividendes, les deux indices n'ont pas traversé la crise au même rythme, parce que les marchés qu'ils représentent n'ont pas connu la même reprise. La seconde est qu'aucune de ces durées n'était connue à l'avance, et qu'au creux de mars 2009 personne ne savait que c'était le creux. C'est pourquoi une règle fixée d'avance vaut mieux qu'une prévision : elle fonctionne sans savoir où se trouve le point bas.
Que conseille Benjamin Graham quand le marché s'effondre ?
De ne pas confondre le prix et la valeur. Au chapitre 8 de L'investisseur intelligent, il imagine un associé, M. le Marché, qui vous propose chaque jour de racheter votre part ou de vous vendre la sienne, à un prix qui suit son humeur. Vous n'êtes jamais obligé d'accepter : ses prix sont une information à utiliser, pas un ordre. Un krach, dans cette image, n'est que le jour où M. le Marché est le plus déprimé.
Graham en tire une conduite précise. Au chapitre 4, il demande à l'investisseur défensif de garder entre 25 % et 75 % de son portefeuille en actions, le reste en obligations, et de revenir à la proportion choisie quand les marchés l'en écartent. Après un krach, la part des actions tombe mécaniquement sous la cible : la règle commande alors d'en racheter, avec l'argent des obligations, au moment exact où l'émotion pousse à vendre. Nous avons examiné ce que vaut encore cette règle dans L'investisseur intelligent de Benjamin Graham : ce qui a vieilli, ce qui tient encore.
Que propose Tony Robbins pour traverser les baisses ?
Une répartition conçue pour ne dépendre d'aucune prévision. Dans L'argent : l'art de le maîtriser, il présente le portefeuille qu'il nomme « All Seasons », tel que le gérant Ray Dalio le lui a décrit : 30 % d'actions, 40 % d'obligations d'État à long terme, 15 % d'obligations à moyen terme, 7,5 % d'or et 7,5 % de matières premières. L'idée est de répartir le risque entre des actifs qui ne réagissent pas de la même façon aux mêmes événements, sans avoir à deviner lesquels surviendront. Nous la lisons comme un point de départ à discuter, pas comme une formule universelle, d'autant que ses pourcentages ont été pensés pour un investisseur américain.
Sa limite tient à son pari central : les obligations y pèsent 55 %, parce qu'elles sont censées amortir la chute des actions. C'est souvent le cas, mais pas toujours : en 2022, actions et obligations ont reculé la même année, et l'amortisseur n'a pas joué. Une protection n'est jamais totale, et c'est aussi ce que nous rappelons à propos des produits à capital protégé dans Obligations structurées : ce qu'en dit Tony Robbins, et ce qu'il faut vérifier.
Faut-il vendre pour racheter plus bas ?
C'est la tentation la plus coûteuse, parce qu'elle suppose de réussir deux paris au lieu d'un. Il faut vendre avant que la baisse ne s'aggrave, puis racheter avant que la hausse ne reprenne, alors que le creux n'est reconnaissable qu'après coup. Le 9 mars 2009 n'est devenu « le creux » qu'une fois la remontée bien engagée. Celui qui avait vendu dans la chute et attendait que la situation se stabilise a souvent racheté plus haut qu'il n'avait vendu, ou n'a pas racheté du tout.
Rien ne permet à un investisseur ordinaire de savoir mieux que le marché où se trouve le point bas. Ce que la règle de répartition de Graham fait à sa place est plus modeste et plus sûr : elle vend un peu dans l'euphorie et rachète un peu dans la panique, sans rien prédire. Elle ne garantit pas le meilleur résultat possible ; elle évite le pire, qui est de vendre au plus bas.
Que faire concrètement dans les premiers jours ?
Suivez cet ordre, qui va du plus urgent au plus important. Aucune de ces étapes ne suppose de savoir où va le marché, et aucune ne remplace un conseil adapté à votre situation.
Ne vendez rien sous le coup de l'émotion : relisez d'abord votre règle, si vous en avez une.
Vérifiez votre réserve disponible : elle doit couvrir vos dépenses courantes pendant plusieurs mois, pour ne jamais avoir à vendre au mauvais moment ; Gérer son argent : dans quel ordre faire les choses ? explique comment la constituer.
Maintenez vos versements réguliers si vos revenus ne sont pas menacés : ce sont eux qui achètent les prix bas.
Revenez à votre répartition cible si l'écart est devenu important, comme le prévoit la règle de Graham.
N'empruntez pas pour « profiter » de la baisse : personne ne connaît la date de la reprise.
Le premier point est le plus difficile, et c'est celui dont tous les autres dépendent. Un portefeuille que l'on ne touche pas pendant la tempête garde toutes ses options ; un portefeuille vendu au creux n'en garde aucune. Si vous n'avez pas encore de règle écrite, la section suivante vous dit laquelle écrire, de préférence avant d'en avoir besoin.
Quelle règle écrire avant la prochaine crise ?
Une règle courte, que vous pourrez relire le jour où tout baisse. La nôtre tient en cinq lignes, à remplir une fois pour toutes et à ranger avec vos relevés. Elle ne dit pas quoi acheter : elle dit ce que vous ferez, et surtout ce que vous ne ferez pas.
Votre horizon : l'année avant laquelle cet argent ne vous servira pas.
Votre répartition cible : la part en actions visée, et l'écart qui déclenchera un rééquilibrage.
Votre réserve : le nombre de mois de dépenses qu'elle couvre, et l'endroit où elle se trouve.
Votre conduite si vos placements baissent de 20 %, puis de 40 % : ce que vous ferez, et ce que vous vous interdisez.
La personne à consulter avant toute décision importante : un proche de confiance ou un professionnel.
Écrite à froid, cette fiche vous engage envers vous-même. Relue à chaud, elle remplace une question à laquelle personne ne répond bien dans la panique, « que faire ? », par une question dont vous connaissez déjà la réponse : ce que vous aviez décidé. C'est tout ce qu'une règle peut faire, et c'est considérable.
Quel livre lire pour s'y préparer ?
Cela dépend de ce qui vous a manqué la dernière fois. Pour la répartition, le livre de Tony Robbins lui consacre une large place, et notre résumé de L'argent : l'art de le maîtriser (Tony Robbins) en reprend le parcours ; Diversifier ne suffit pas : comment répartir vraiment ses risques ? montre ce que répartir protège, et ce que cela ne protège pas. Pour le sang-froid, Graham reste le meilleur antidote. Quant au contexte, Robert Kiyosaki consacre une partie d'Une seconde chance à l'état d'un monde en crise, et nous avons dit ce que nous en retenons dans Une seconde chance de Robert Kiyosaki : faut-il le lire ?.
Pour situer ces trois auteurs parmi les six que nous résumons, notre ordre de lecture complet figure dans Par quel livre de finance commencer ? Nos 6 incontournables à lire. Et si vous débutez, les notions à maîtriser avant la première crise sont posées dans Débuter en investissement : le test pour savoir si vous investissez ou spéculez. Mieux vaut les lire par temps calme.
Que faut-il retenir ?
Qu'un krach se prépare avant de se traverser. Les chiffres de 2008 montrent que la baisse peut être profonde et la reprise lente, surtout si l'on regarde un indice sans ses dividendes. Ils montrent aussi que, pour qui détenait ces indices, la perte n'est devenue définitive qu'au moment de vendre. Une réserve suffisante, une répartition écrite et la patience de ne rien décider sous le coup de l'émotion : c'est peu, et c'est l'essentiel.
Article mis à jour le 26 septembre 2026.



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