La psychologie de l'argent de Morgan Housel : faut-il le lire ?
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Oui, surtout si vous savez déjà ce qu'il faudrait faire de votre argent et que vous ne le faites pas. Non, si vous cherchez où placer votre argent. Le livre de Morgan Housel défend une thèse simple : réussir avec l'argent tient moins au savoir technique qu'au comportement, à la patience et au recul.
Il ne figure pas à notre catalogue : nous n'en proposons pas d'extraits. Sa thèse rejoint pourtant une idée que Benjamin Graham défendait déjà avec son allégorie de M. le Marché : ne pas laisser les humeurs du marché décider à votre place. Nos extraits de L'investisseur intelligent (Benjamin Graham) portent notamment, sans reprendre cette allégorie, sur l'attitude face aux marchés et sur la marge de sécurité, et cet article dit ce que le livre de Housel ajoute, ce qu'il ne remplace pas, et à qui il servira. Il s'agit d'une information générale, pas d'un conseil personnalisé.
De quoi parle La psychologie de l'argent ?
De la façon dont nous nous comportons avec l'argent, plus que de l'argent lui-même. Publié en 2020 sous le titre The Psychology of Money, ce livre est l'œuvre de Morgan Housel, associé du fonds Collaborative Fund ; il se compose d'une vingtaine de courts chapitres qui procèdent par histoires et par exemples plutôt que par démonstrations. Chacun isole un travers ou une idée : la part de la chance et du risque, le fait de savoir quand on a assez, la puissance des intérêts composés, la richesse que l'on ne voit pas.
L'édition française a paru en 2022 chez Valor éditions, sous le titre La psychologie de l'argent. Le ton est celui d'un chroniqueur plus que d'un professeur, et, à notre lecture, chaque chapitre se tient presque seul. C'est à la fois la force du livre et sa limite ; nous y reviendrons.

Pourquoi le comportement compterait-il plus que le savoir ?
Parce que, selon Housel, bien gérer son argent dépend moins de ce que l'on sait que de la façon dont on se comporte. Vendre dans la panique, acheter dans l'euphorie, dépenser pour être vu : aucun de ces gestes ne tient à un manque de connaissances. Sur un portefeuille diversifié, une baisse n'est pas pour autant une perte définitive : elle le devient si vous vendez, mais aussi si vous devez retirer de l'argent pendant la baisse, ou si la remontée dépasse votre horizon — l'indice japonais Nikkei a mis trente-quatre ans à retrouver son niveau de 1989, et le CAC 40 vingt et un ans pour retrouver celui de 2000. D'où l'intérêt d'une réserve qui évite d'avoir à vendre au mauvais moment, comme nous l'expliquons dans Krach boursier : que faire de vos placements quand tout baisse ?.
Nous nuançons pourtant ce point de départ. Le savoir ne suffit pas, mais il reste nécessaire : on ne se comporte pas raisonnablement devant un placement dont on ne comprend ni les frais ni le risque. Pour mesurer ce socle, répondez aux trois questions présentées dans Éducation financière : les trois questions qui mesurent votre niveau : cela prend quelques minutes. Le savoir dit quoi faire ; le comportement décide si vous le ferez.
Quelles idées du livre tiennent le mieux ?
Quatre, à nos yeux, parce qu'elles changent des décisions concrètes plutôt que des opinions. Chacune tient en une phrase, et la plupart rejoignent un livre dont nous proposons des extraits ou un article que nous avons déjà publié sur la question. Les voici, avec ce que nous en retenons.
Savoir quand on a assez : celui qui ne sait pas ce qui lui suffit finit par risquer ce dont il a besoin pour obtenir ce dont il n'a pas besoin.
Garder une marge d'erreur : Housel y consacre un chapitre entier, et c'est, à notre lecture, la marge de sécurité de Benjamin Graham étendue à toute la vie financière, que nous présentons dans L'investisseur intelligent de Benjamin Graham : ce qui a vieilli, ce qui tient encore.
Laisser le temps travailler : les intérêts composés récompensent ceux qui restent investis longtemps, ce que détaille Les intérêts composés : pourquoi commencer tôt compte plus que placer beaucoup.
Se méfier de ce qui se voit : pour Housel, la richesse, c'est d'abord l'argent que l'on n'a pas dépensé, donc ce que personne ne voit.
Une cinquième idée demande plus de précaution : une petite part des placements produit l'essentiel des gains. Mal comprise, elle pousse à chercher la perle rare ; bien comprise, elle explique pourquoi beaucoup d'investisseurs préfèrent une exposition large au marché plutôt que la chasse au titre gagnant. Encore faut-il que cette exposition soit réelle, et pas seulement apparente : nous expliquons comment y parvenir dans Diversifier ne suffit pas : comment répartir vraiment ses risques ?.
Où le livre s'arrête-t-il ?
Là où commence la pratique. La psychologie de l'argent vous aide à comprendre pourquoi vous vendez au mauvais moment, mais ce livre ne propose pas de méthode pour choisir, répartir et contrôler vos placements. Ses exemples ne vous renseigneront pas non plus sur la fiscalité ou les supports d'épargne français.
Notre principale réserve porte sur sa manière d'écrire. Le livre procède par histoires : c'est ce qui le rend agréable, et ce qui oblige à le lire avec recul, car une histoire bien choisie illustre une idée sans la prouver. Pour chaque chapitre, demandez-vous si les leçons tiendraient avec un exemple contraire ; celles qui résistent, et elles sont nombreuses, méritent d'être gardées.
Comment en tirer quelque chose de concret ?
En le lisant crayon en main, une décision à la fois. À la fin de chaque chapitre, notez la situation de votre propre vie à laquelle il s'applique, puis ce que vous feriez différemment la prochaine fois qu'elle se présentera. Un livre sur le comportement ne sert que si vous changez une habitude : sans cette étape, il laisse le souvenir agréable d'une lecture juste, et rien de plus.
Deux gestes suffisent souvent à traduire le livre en actes. Le premier consiste à écrire, avant la prochaine baisse des marchés, ce que vous ferez pendant la baisse : une règle rédigée à froid résiste mieux qu'une résolution prise dans l'urgence. Le second consiste à fixer par écrit la somme qui vous suffirait, pour savoir à partir de quand un risque supplémentaire ne vous apporterait plus rien. Pour que ces notes vous restent, relisez-les en essayant d'abord de vous en souvenir, une méthode que nous détaillons dans Papier ou écran : quel format vous fait vraiment retenir vos lectures ?.
À qui ce livre rendra-t-il service ?
À quelqu'un qui connaît déjà les règles de base — épargner, diversifier, surveiller les frais — et qui constate qu'il ne les applique pas. Il servira aussi à celui qui a vendu pendant une baisse et veut comprendre pourquoi. Un débutant complet y trouvera un bon état d'esprit, mais il lui faudra apprendre ailleurs les notions de base, et un lecteur qui cherche un plan d'action restera sur sa faim.
Un test simple permet de trancher. Repensez à la dernière décision d'argent que vous regrettez, et demandez-vous si elle tenait à ce que vous ne saviez pas, ou à ce que vous saviez sans l'appliquer. Dans le second cas, ce livre vous parle directement.
Par quel livre de notre catalogue poursuivre ?
Cela dépend de ce qui vous manque une fois le livre refermé. Si c'est la discipline face aux marchés, nos extraits de L'investisseur intelligent cités plus haut en donnent la version la plus rigoureuse, avec la marge de sécurité. Si c'est une méthode pour organiser votre épargne, frais et répartition compris, nos extraits de L'argent : l'art de le maîtriser (Tony Robbins) prennent le relais. Pour situer ces titres parmi les six dont nous proposons des extraits, notre ordre de lecture complet figure dans Par quel livre de finance commencer ? Nos 6 incontournables à lire. Tous nos PDF d'extraits de livres de finance sont réunis sur une seule page.
Que garder de ce livre ?
Son angle, plus que ses recettes — qu'il ne donne pas : ce livre vous apprend à regarder vos propres réactions avant vos placements. Ses meilleures idées — savoir quand on a assez, garder une marge d'erreur, laisser le temps travailler — rejoignent celles des classiques dont nous proposons des extraits. Il vous servira si vous savez déjà quoi faire ; commencez plutôt par une méthode si ce n'est pas encore le cas.


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